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 Avant le crépuscule • Libre •

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Troupe des Carpates | Garde-fou Attitré
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Troupe des Carpates | Garde-fou Attitré

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MessageSujet: Avant le crépuscule • Libre •   Jeu 4 Oct - 22:54

Les enfants avaient toujours constitué une compagnie des agréable pour Ysatis. Ils étaient imprévisibles, vifs d’esprit, curieux et plus malins que ce que leur mine renfrognée laissait croire. Qui plus est, on ne pouvait pas les amadouer par la malice. Il fallait de la patience, une certaine sincérité. Voilà donc une demi-heure que la voyante était donc en compagnie d’une petite petite fille à l’allure de joyeuse sauvageonne. Elles étaient installées près de la roulotte, Ysatis installée sur les marches tandis que l’enfant se tenait face à elle, captivée par, semblait-il, les mains de la voyante.

_ Une dernière fois, regarde-bien.

Ysatis présenta une pièce de fer devant le visage de sa petite, le minuscule disque cabossé coincé entre ses doigts fins. Son regard opaque était dirigé dans le vide. Sa main amorça quelques mouvements rapides, infimes, et la pièce disparut à quelques centimètres à peine du visage de la fille, qui émit qui grognement à la fois courroucé et admiratif, déclenchant le rire de la voyante. Soudain suspicieuse, l’enfant se mit à agiter ses mains sans bruit et faire des grimaces, espérant obtenir une réaction d’Ysatis, qui ne vint pas.

_ T’es vraiment aveugle ?, demanda la gamine en arrêtant ses grimaces, toujours perplexe.

La jeune femme haussa alors les épaules, son visage exprimant ce sourire calme qui la quittait si rarement. Sa main se leva alors, vive et gracieuse, pour effleurer la joue de la gamine, sans plus précision que ne l’aurait démontré quelqu’un avec une vue intacte. Lorsque la petite vit de nouveau la pièce de fer entre les doigts d’Ysatis, qui avait fait mine de l’extirper de derrière son oreille, ses yeux s’écarquillèrent et elle passa ses doigts derrière sa propre oreille, espérant peut-être en découvrir d’autre.


_ Et si ce n’était pas moi l’aveugle ?, répondit alors Ysatis, son pâle sourire s’agrandissant avant qu’elle n’émette un rire léger.

L’enfant, d’abord méfiante, finit par partager son rire avant d’essayer de lui chiper la pièce... qui avait déjà disparut on ne sait où. Etonnant réflexes pour une femme supposément aveugle. Il y avait cependant d’autres façons de voir, plus difficiles mais non moins justes. Tandis que les deux créatures continuaient leurs discussions étranges et leurs tours de passe-passe, la foule commença à se raréfier aux alentours. La « foire », ainsi que certains l’appelaient, attiraient bien moins de gens passé une certaine heure, surtout par les temps qui courraient.

Certains restaient encore, flânant entre les étals de produits exotiques et étranges, dégustant un fruit ou discutant avec un voisin trop longtemps évité. On n’allait pas tarder à allumer les torches, à détendre les tentures et rabattre les protections sur les étals. Dans l’air, quelques notes de musique perçaient parfois. Ysatis imaginait sans peine Livia danser sur cette musique à la fois douce et entrainante, enchaînant les acrobaties gracieuses et délicates sous l’oeil attentif de Mazareth. Il la regardait toujours du coin de l’oeil en pensant que personne ne le voyait. Mais lorsque Livia dansait, il n’était plus vraiment à sa tâche, c’était une évidence. Evidence dont Ysatis se gardait bien de faire part à qui que ce soit ; d’une part, ce n’était pas ses affaires, et d’autre part bousculer ce genre d’affaire avait généralement la conséquence fâcheuse de leur faire perdre tout leur charme. Où était Zacharie ? Elle ne discernait ni son odeur, ni sa voix. Mais elle avait la nette vision de lui, déambulant entre les tentes et surveillant les membres de la troupe en restant dans l’ombre. Quant à Edwin... Elle n’entendait pas non plus les accents agréables de la voix du conteur ni les soupirs effrayés de quelques enfants pendus à ses lèvres. Il était trop tard pour qu’il soit encore en train de raconter l’un de ses contes dont il avait le secret. Penser à chacun des membres de la troupe rassérénait Ysatis d’une manière qu’elle n’aurait su expliquer. Les savoir là, tout près, occupés à une activité qui les passionnait, faisait naître une tendre tendre chaleur dans son estomac. Peu importait alors qu’elle ne puisse les voir de ses yeux, son coeur les sentait avec la même justesse.

Lorsque la petite s’en alla, la voyante fit subsister son parfum dans l’air pendant de longues minutes encore, avant qu’elle ne disparaisse tout à fait de son monde. Le moment avait été très agréable et plutôt amusant. Elle resserra les pans de son châle autour de ses épaules, sentant l’air perdre quelques degrés. D’ici quelques minutes, le soleil se coucherait. Alors, comme chaque jour, comme à chaque mort du soleil, le voile opaque de ses yeux se lèverait. Sa vue reviendrait, nouvelle... Pour lui être enlevée quelques heures plus tard. Une vision réglée sur le rythme du soleil, une malédiction qu’elle n’était jamais parvenu à lever malgré ses innombrables tentatives. Pensive, elle fit tourner la pièce de fer entre ses doigts avec une facilité naturelle, distraitement. Le disque de métal filait entre ses articulations vivement, visible par de faibles éclats qu’il renvoyait par moments.

Depuis quelques jours, un pressentiment commençait se répandait dans ses veines. Lorsque l’on a reçu le don de double-vue, on prend bien sûr très à coeur ce genre de détail, aussi insignifiant soit-il. Il y avait quelque chose dans l’air de cette ville, dans l’ombre de Camelot, qui ne lui plaisait pas. Un danger charrié par les vents de la mer, un feu ardent prêt à bondir... Elle sentait cette ombre grandissante mais ne parvenait jamais à la saisir. Pas la moindre vision, juste cette tension, cette sensation diffuse.

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MessageSujet: Re: Avant le crépuscule • Libre •   Ven 5 Oct - 7:22




Avant le crépuscule


E
dwin n'avait plus qu'un hâte, fuir ces hauts murs de pierres qui faisaient tant d'ombres sur les âmes qui y erraient. Le conteur n'aimait guère la proximité de cette ville où il n'avait d'ailleurs pas mit le pied, se réfugiant derrière son âme d'amoureux de la nature pour justifier son manque d'attrait pour cette étrangeté façonné par la main de l'Homme auprès de ses compagnons de route. En réalité, il craignait bien trop ce qu'il pourrait trouver entre ces murs pour faire preuve de la moindre témérité, il se sentait déjà bien trop mal à proximité de la ville alors il n'avait aucune raison pour franchir la frontière. Le Pictes passait donc ses journées dans le camp et demeurait plus stoïque que dans ses habitudes, son entrain ne se dévoilait qu'en présence d'un jeune auditoire qui avait d'ailleurs tendance à se fidéliser au fur et à mesure que les jours s'écoulaient. Le reste du temps, il le passait auprès d'Arod, le duo ne se lâchant presque plus depuis leur arrivée à Camelot. Le premier devait probablement sentir les tourments de son compagnon bipède tandis que ce dernier trouvait rassurant la présence de l'animal, c'était donc sur une entente muette que le duo se suivait en quasi permanence. Cette complicité était même devenue une petite curiosité de la foire qui attirait le regard et intriguait les passants d'autant plus que le cheval se montrait particulièrement réticent à tout contact avec un étranger. Préférant éviter tout incident, Edwin se tenait donc un peu en retrait de la foire et passait ses journées à essayer d'identifier ce malaise que la ville faisait peser sur lui depuis son arrivée. Il n'avait jamais ressenti cela auparavant, du moins pas dans ces proportions et n'arrivait donc pas à savoir si ce signe était un message d'alerte ou quelques choses de plus vague.

E
n cette fin de journée Edwin s'était installé au pied de son arbre après avoir raconté l'ultime conte de la journée et avoir pris congé de ses jeunes compagnons. Arod attaquait goulument un nouveau carré d'herbe, s'éloignant un peu du Pictes sur lequel il gardait néanmoins un regard attentif. Celui-ci semblait rêvasser mais de façon assez tourmentée comme le témoignait ses sourcils légèrement froncés et sa mine préoccupée. Il passa machinalement une main dont la paume et le dos restaient dissimulés derrière les bandes de tissus enroulées autour qui remontaient jusqu'à son coude, sur son flanc encore douloureux. Il était ainsi installé depuis plusieurs minutes lorsque quelques choses le fit sortir de sa rêverie, il tourna alors la tête vers la forêt qui se prolongeait à ses côtés, cherchant ce qui pouvait lui produire cette sensation étrange qui surmontait la houle de son étrange malaise. Arod sembla sentir le trouble de son compagnon et releva sa tête élégante vers lui avant d'essayer de voir ce qu'il observait. Instinctivement, le cheval se rapprocha d'Edwin lorsque ce dernier se remit sur ses pieds. Le Pictes, lui, ne savait pas vraiment à quoi il avait affaire mais cette douce sensation qui surmontait ses tourments était assez étrange et attirante pour que sa curiosité soit piquée. Il ne réfléchit donc pas d'avantage et s'enfonça dans la forêt, Arod sur ses talons.

E
dwin n'eut aucune idée du temps qu'il passa à marcher, focaliser sur cette sensation qui le guidait avec une incroyable précision. Néanmoins, lorsqu'il sentit que le but approchait son ressentit se brouilla et commença doucement à s'effacer. Lorsqu’il arriva prêt d'un ruisseau il n'y avait plus aucune trace de cette douce sensation mais quelques choses lui disait qu'elle avait émané de cet endroit précis. Il s'approcha du lit chantant de l'eau qui ruisselait sur les pierres et observa les alentours mais ne trouva rien qui pouvait le renseigner sur la source de cet étrange trouble. À croire que cette ville catalysait tout ce qui pouvait avoir un effet sur lui ... Il n'avait jamais été autant perturbé par sa nature de gardien qu'en errant dans les alentours de Camelott et il avait hâte de s'éloigner de la ville pour stopper toutes ces perturbations et s'extirper de cette ombre qu'il sentait rôder autour de lui d'une façon plus pesante qu'habituellement. Arod l'avait suivi jusque là en silence et après quelques secondes d'immobilité décida de profiter de l'eau claire qui serpentait entre les arbres pour étancher une soif soudaine. Edwin observa encore machinalement les alentours avant de remarquer que son compagnon semblait détendu ce qui prouvait bien qu'il n'y avait rien ni personne ici qui troublait la quiétude des lieux. Un peu déçu de trouver une nouvelle question sans réponse, le Pictes décida de rentrer lorsque le cheval eu finit de boire. Ce dernier se proposa d'ailleurs de le ramener en présentant son dos comme à son habitude. Edwin ne fut guère difficile à se laisser convaincre et grimpa sur une pierre pour éviter toute gymnastique douloureuse pour grimper sur le dos de son compagnon.

L
e chemin du retour se fit plus rapidement qu'à l'aller, le cavalier laissa totalement libre l'animal qui retrouva très vite le campement. Ils n'avaient pas dû aller bien loin car lorsqu’ils débouchèrent de la forêt le jour n'était pas encore totalement tombé même si l'obscurité commençait à se faire omniprésente. Ils virent s'échapper à toute allure du camp une fillette rieuse qui fit relevé la tête à Arod avant qu'il ne décide que son passager avait assez fait de chemin comme ça sur son dos et ne s'arrête près d'un amas rocheux pour qu'il puisse bénéficier d'une marche en descente. Edwin ne se fit pas prié là non plus et descendit de l'animal avec toute la souplesse dont il pouvait faire preuve. Une fois pieds à terre, il resta quelques instants appuyé sur Arod pour se remettre des multiples petits tiraillements de ses muscles qui ne manquaient guère une occasion de se plaindre. Ce n'est qu'après cela qu'il reprit sa marche pour machinalement s'approcher des roulottes. Lorsqu'il aperçu Ysatis près de l'une d'elle, il s'approcha instinctivement, Arod toujours sur ses talons.

    ▬ " Quel forfait cette pièce a-t-elle commise pour mériter un tel traitement ? "

C
e n'est qu'une fois auprès de la voyante qu'Edwin laissa échapper ce trait d'humour qui fut accompagné d'un léger sourire amusé. Il n'était pas le seul ici à être perturbé par la présence de Camelott, Ysatis montrait aussi quelques signes de tensions depuis qu'ils étaient arrivés. Mais comme à son habitude, Edwin préférait garder ses sensations pour lui et ne demandait donc pas plus de précision à la jeune femme par peur de devoir en retour se prononcer lui aussi.

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